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Attendre un bébé qu'on ne porte pas : ce qu'on mange pendant ces neuf mois

Attendre un bébé qu'on ne porte pas : ce qu'on mange pendant ces neuf mois

Ma sœur a porté un enfant pour un couple de Lyon en 2021. Neuf mois de rendez-vous, de piqûres, d’échographies à envoyer par mail le soir. Et une question que personne ne lui a posée sérieusement avant le cinquième mois : qu’est-ce qu’elle mettait dans son assiette ?

Sur meres-porteuses.com, on parle beaucoup de contrats, de cadre légal, de suivi psychologique. On parle moins de la cuisine. Pourtant, quand une femme mène une grossesse pour d’autres parents, son alimentation devient une donnée du dossier. Pas la plus visible, pas la plus encadrée. Souvent la plus solitaire.

La grossesse pour autrui, ce n’est pas une grossesse comme les autres

Une femme qui porte pour elle-même ajuste ses repas en fonction de ses envies, de sa fatigue, de ce que lui dit sa sage-femme. Une femme qui porte pour autrui compose avec une troisième partie. Le couple attend des nouvelles. L’équipe médicale attend des bilans. Il y a des recommandations qui remontent, des remarques qui redescendent, et au milieu une personne qui doit juste décider quoi acheter au marché le samedi matin.

Pas simple.

J’ai vu ma sœur se demander si elle avait le droit de boire un café. Pas parce que sa sage-femme le lui interdisait, mais parce qu’elle imaginait la tête de la mère intentionnelle si elle l’apprenait. Le café est devenu un sujet politique dans sa cuisine. Voilà le genre de détail qui n’apparaît dans aucun protocole.

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Ce que la grossesse change vraiment dans l’assiette

Les repères nutritionnels pendant la grossesse sont bien documentés : acide folique, fer, calcium, vitamine D. Rien d’exotique. Le problème n’est pas de les connaître, c’est de les tenir sur neuf mois quand on cuisine déjà pour une famille, quand on travaille, quand on a des nausées jusqu’au quatrième mois.

Ma sœur a tenu un carnet pendant les six premiers mois. Elle notait ce qu’elle mangeait, pas pour le montrer à qui que ce soit, juste pour elle. Au bout de trois semaines elle s’est rendu compte qu’elle tournait autour de quatre plats. Pâtes au fromage, riz aux légumes surgelés, soupe de lentilles, omelette. Quatre. Toutes les semaines.

  • Le fer, qu’on trouve dans les légumineuses et les viandes rouges bien cuites, reste le point faible de la plupart des grossesses.
  • Les produits crus, poisson, œufs, fromages au lait cru, demandent une vigilance que peu de couples intentionnels pensent à mentionner lors des premiers rendez-vous.
  • L’alcool, c’est zéro, et ce zéro-là n’est pas négociable.

Le reste, franchement, c’est du bon sens. Manger varié, boire de l’eau, ne pas se goinfrer de sucre. Sauf que le bon sens, quand on est fatiguée et qu’on a un mail à envoyer à des parents qui habitent à 400 kilomètres, passe souvent à la trappe.

Cuisiner pour soi n’est pas un luxe

Il y a une cuisine que je trouve particulièrement utile pendant ces mois-là : celle qui se prépare en avance, se congèle, se réchauffe sans réfléchir. Des soupes épaisses, des gratins, des boulettes, des légumes rôtis qu’on étale sur trois repas. Je traîne régulièrement sur lacuisinedechabert.fr pour ce genre de choses. C’est un blog de cuisine familial, sans prétention, avec des recettes qui tiennent debout quand on n’a pas envie de cuisiner. Exactement le profil de ce qu’une femme en GPA peut avoir sous la main.

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Le congélateur devient un outil, pas un pis-aller. Ma sœur s’est mise à cuisiner le dimanche, deux ou trois plats d’un coup, à portionner, à étiqueter. Elle a continué jusqu’à l’accouchement. Le couple intentionnel lui a offert un robot pâtissier à la naissance, ce qui était un peu à côté de la plaque, mais l’intention comptait.

Le rapport à la nourriture après la remise de l’enfant

Personne ne prépare les femmes qui portent pour autrui à ce qui se passe après. La grossesse s’arrête, l’enfant part avec ses parents, et le corps continue. Le corps a faim, le corps a des envies, le corps ne sait pas qu’il n’y a plus de bébé à nourrir. Ma sœur a mangé des sushis trois jours après l’accouchement, ce qu’elle s’était interdit pendant neuf mois. Elle m’a dit que ça avait été le premier repas où elle s’est sentie redevenir elle.

Le lien entre l’alimentation et la grossesse pour autrui mérite qu’on en parle plus tôt, plus concrètement, avec les femmes concernées et pas seulement avec les juristes. Un carnet de recettes vaut parfois autant qu’un contrat.